Lors d’un événement de haut niveau à Berne, des experts suisses ont montré comment de vastes quantités de données liées et diversifiées permettent à l’IA et à d’autres nouvelles approches de surveiller et d’améliorer la santé environnementale. Organisée conjointement par le SIB et l’Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT), la Journée des données sur la biodiversité de Berne a réuni des acteurs de toute la chaîne des données sur la biodiversité du pays — des collections d’histoire naturelle et des chercheurs au WWF, à l’UICN et à l’Office fédéral de l’environnement — afin de renforcer davantage les collaborations nationales pour une protection des écosystèmes et une durabilité fondées sur des données factuelles. Les scientifiques du SIB ont donné une dimension internationale à cette initiative cette semaine en animant des ateliers lors du Forum mondial sur la biodiversité, consacrés à l’interconnexion des données sur la biodiversité au service des pratiques et des politiques de conservation.
Faire progresser la surveillance de la biodiversité et les politiques fondées sur les données
Cet événement a mis en lumière la richesse des flux de données suisses en matière de biodiversité, de climat, d’utilisation des sols et autres, ainsi que la manière dont celles-ci alimentent chaque étape des politiques nationales et internationales — de la compréhension de la perte de biodiversité à l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des mesures de conservation.
Les nouvelles technologies renforcent ce flux en permettant des observations de terrain plus étendues, des analyses génétiques rapides et la libération (c'est-à-dire la « FAIRification ») des informations enfermées dans la littérature scientifique. Chaque année, par exemple, l'organisation suisse Plazi met à la disposition des chercheurs du monde entier, en libre accès, des informations taxonomiques publiées sur 10 000 espèces nouvellement décrites.
La combinaison de ces données et d’autres types de données offre une image plus complète de l’endroit et de la manière dont les espèces vivent, ainsi que de leur capacité à s’adapter au changement. Une telle intégration des données a joué un rôle central dans deux succès notables de la conservation en Suisse, le gypaète barbu et le corégone — et grâce à l’IA et à d’autres approches, elle est désormais possible à des échelles bien plus grandes. Parmi les exemples impliquant des scientifiques du SIB, on peut citer le projet « Biodiversity Meets Data », qui vise à surveiller les espèces et les habitats à travers l’Europe en temps quasi réel, ainsi que l’outil d’IA CAPTAIN, qui combine diverses variables pour identifier les zones prioritaires pour la conservation.
Mesures stratégiques pour l'intégration des données suisses sur la biodiversité
Ces efforts doivent être étendus pour assurer la survie d’autres espèces suisses — dont une sur trois est menacée, un chiffre bien supérieur aux estimations mondiales d’une sur huit. Les intervenants et les participants à l’événement ont recommandé de renforcer davantage la coordination entre les fournisseurs de données sur la biodiversité, les plateformes de données et les décideurs du pays, afin de :
- développer des indicateurs standard pour évaluer la biodiversité ;
- collecter de nouvelles données ciblées, notamment sur les espèces, les habitats et les écosystèmes sous-représentés ;
- mobiliser les données historiques si nécessaire ;
- harmoniser et relier tous les flux de données au sein d’une base de connaissances et d’un système de surveillance intégrés et interopérables ;
- améliorer l’accès, le partage et la réutilisation des données grâce aux normes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable and Reusable) et à une infrastructure de recherche ouverte.
Pour garantir l'efficacité des politiques et des actions à différentes échelles, ces efforts doivent s'étendre aux niveaux local, cantonal et national en Suisse, et s'aligner sur les initiatives et politiques européennes et mondiales en matière de biodiversité.
Intervenants de l'événement. De gauche à droite : Donat Agosti (président, Plazi), Robert Waterhouse (directeur de groupe, le SIB), Eva Spehn (collaboratrice scientifique, SCNAT), Jérôme Frei (collaborateur scientifique, FOEV), Alexandra Weber (responsable de groupe, Eawag), Daniele Silvestro (maître de conférences, ETH Zurich)
Développer de nouveaux outils — et former la prochaine génération d'experts en biodiversité
Des intervenants du réseau du SIB et de ses partenaires Plazi et Eawag ont présenté des technologies innovantes pour la production et l'analyse à grande échelle de données sur la biodiversité, notamment pour :
- libérer davantage les connaissances sur la biodiversité issues des publications de recherche ;
- surveiller la biodiversité et modéliser les changements futurs à l'échelle européenne à l'aide d'environnements de recherche virtuels ;
- surveiller les moules quagga envahissantes à l'aide de données de séquençage du génome entier ;
- améliorer les évaluations de la biodiversité en intégrant des données auparavant cloisonnées dans des modèles de richesse et de répartition des espèces ;
- renforcer la planification de la conservation assistée par l'IA, y compris au niveau des cantons suisses.
L'expertise humaine reste toutefois essentielle. Les participants ont par exemple noté que les modèles d'IA nécessitent un retour d'information humain pour être affinés, tandis que les études de terrain cruciales ne peuvent être menées que par des personnes.
Afin de garantir le maintien de l'expertise et des capacités de la Suisse en matière de biodiversité, les intervenants et les participants ont recommandé de renforcer la formation et le développement professionnel, notamment en veillant à ce que les jeunes biologistes et les bénévoles acquièrent les compétences nécessaires pour l'avenir.
Exporter l'expertise suisse en matière de biodiversité à l'échelle internationale
Lors du Forum mondial sur la biodiversité qui s'est tenu cette semaine, les scientifiques du SIB et leurs partenaires ont animé deux ateliers visant à promouvoir des politiques et des actions en matière de biodiversité fondées sur des données probantes à l'échelle mondiale : l'un portait sur l'élaboration d'indicateurs génomiques pour les objectifs de biodiversité, et l'autre sur la création d'une nouvelle communauté de pratique destinée à rationaliser l'extraction des connaissances sur la biodiversité issues de la littérature.
Intervenants et institutions participantes :
- Haute école spécialisée de Suisse orientale
- ETH Zurich
- Jardin botanique de Genève
- Global Biodiversity Information Facility (GBIF) Suisse
- Infofauna
- UICN
- Plazi
- Le SIB
- Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage
- Institut fédéral suisse des sciences et technologies de l'eau (Eawag)
- Office fédéral de l'environnement
- Réseau suisse des collections d'histoire naturelle (SwissCollNet)
- Institut ornithologique suisse
- Université de Berne
- Université de Fribourg
- Université de Lausanne
- Université de Neuchâtel
- Musées vaudois
- WWF Suisse
Reference(s)
Crédit photo : Eva Sphen – SCNAT